L’Assemblée Mondiale Amazighe demande à l’UNESCO le respect de l’identité africano-amazigh du Maroc et de Tamazgha

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Excellence Monsieur Charaf AHMIMEDReprésentant et Directeur de l’UNESCO pour le Maghreb,

Objet : Exposition « AFRICA », CAN 2025 et l’identité africano-amazighe du Maroc et du Tamazgha

Excellence,

Nous avons l’honneur de vous adresser nos sincères félicitations à l’occasion de l’exposition « AFRICA », organisée par l’UNESCO en collaboration avec la Fondation pour la sauvegarde du patrimoine culturel de Rabat et la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement, intitulée « L’Afrique : patrimoine du monde, voyage à travers les paysages, les civilisations et les songes », et ce à l’occasion de la 35ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des Nations CAN 2025, organisée actuellement au Royaume du Maroc.

Toutefois, permettez-moi de vous soumettre quelques observations relatives à cette exposition, notamment le fait que l’affiche principale ainsi que les panneaux explicatifs sont exclusivement rédigées en langues arabe, française et anglaise, alors que la langue amazighe, langue autochtone et profondément africaine, pourtant co-officielle au Maroc, y est totalement absente.

Cette omission, sans doute involontaire, nous attriste profondément, d’autant plus que l’origine étymologique même du mot « AFRICA » est amazighe.

Ce terme désignait initialement la Tunisie à l’époque romaine, avant de s’étendre à l’ensemble du continent africain. Il proviendrait des mots amazighs ifri ou ifren, en référence à une tribu nord-africaine établie près de Carthage, où ifri signifie « grotte ». Certaines théories avancent également qu’Africa serait le nom d’une divinité autochtone adoptée par les Romains.

Par ailleurs, Monsieur Patrice Motsepe, Président de la Confédération Africaine de Football (CAF), n’a pas hésité à intégrer le mot ⵉⵣⵎ (IZM), écrit en tifinagh, au cœur de la mascotte officielle de la CAN 2025, signifiant « lion », symbole de force, de fierté et d’unité africaine. Il a également validé l’usage du mot amazigh africain itri (« étoile ») pour baptiser le ballon officiel de la compétition.

Excellence,

Nous avons eu le plaisir de découvrir les magnifiques photographies et commentaires présentés dans cette exposition, à la fois riche et pédagogique. L’un des panneaux souligne à juste titre que l’Afrique est la terre des origines de l’humanité, en mettant l’accent sur la vallée du Rift et les gorges de l’Omo en Éthiopie. Néanmoins, aucune référence visuelle ni explicative n’est faite au site archéologique de l’« Homme d’Adrar n Ighud » [1], selon sa dénomination amazighe, connu sous le nom de « Jbel Irhoud », pourtant considéré comme notre ancêtre commun, Homo sapiens, datant de 315 000 ans. Il aurait été souhaitable, à tout le moins, d’exposer une reproduction de son crâne, comme cela avait été fait lors de l’Exposition universelle de Dubaï en 2020/2970.

Puisque cette exposition aborde également le thème des rêves, permettez-moi de porter à votre connaissance que l’un de nos rêves majeurs est la reconnaissance du site d’Adrar n Ighud en tant que patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. J’ai d’ailleurs eu l’occasion d’exprimer personnellement cette aspiration à Rabat, le 28 novembre 2022/2972, à Madame Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO, en présence de Monsieur Mohamed Hajoui, Secrétaire général du Gouvernement marocain, de Monsieur André Azoulay, Conseiller de Sa Majesté le Roi, ainsi que du Ministre de la Culture, Monsieur Mohamed Mehdi Bensaid. Ce dernier avait alors promis d’examiner cette requête. Or, à ce jour, aucune démarche concrète n’a été engagée, ni aucun dossier officiellement déposé auprès de votre institution.

En réalité, l’exposition « AFRICA » prétend couvrir le thème des civilisations africaines, alors que les civilisations amazighe et pharaonique [2], toutes deux issues du Grand Sahara, demeurent largement marginalisées, alors même qu’elles constituent parmi les plus grandes fiertés du patrimoine africain.

En conclusion, nous souhaitons attirer votre attention sur la nécessité impérieuse de la mise en œuvre effective du caractère officiel de la langue amazighe, conformément à la Constitution du Royaume du Maroc et aux textes législatifs en vigueur. D’autant plus que Sa Majesté le Roi Mohammed VI, à l’occasion de la reconnaissance officielle du Nouvel An amazigh le 3 mai 2023, a affirmé que : « L’Amazigh, en tant que composante essentielle de l’identité marocaine authentique, riche par la pluralité de ses affluents, est un patrimoine commun à tous les Marocains sans exception. »

Il va de soi que l’identité amazighe constitue également une composante fondamentale de l’identité de toute Tamazgha (Afrique du Nord). Dans ce sens, nous vous invitons respectueusement à éviter l’usage de la dénomination « Maghreb arabe » [3], employée par certains de vos prédécesseurs, et à corriger l’appellation discriminatoire de votre Bureau lorsque celui-ci est traduit en arabe comme « Bureau de l’UNESCO au sein du Maghreb arabe ». Il est en effet incohérent de persister dans l’utilisation de terminologies à forte connotation idéologique, qui portent atteinte à la sensibilité, à l’identité et à la dignité de millions de citoyennes et citoyens autochtones de notre continent africain.

Espérant avoir retenu toute votre attention et vous inciter à examiner ces observations avec l’intérêt et la responsabilité qu’elles méritent, nous vous prions d’agréer, Excellence, l’expression de notre très haute considération.

À l’occasion de la nouvelle année amazighe 2976, nous avons également l’honneur de vous adresser nos meilleurs vœux de santé, de bonheur et de pleine réussite.

Signé :  Rachid RAHA – Président de l’Assemblée Mondiale Amazighe (AMA)

Notes:

[1]- https://web.facebook.com/watch/?v=341478446940698

[2]- https://amadalamazigh.press.ma/fr/le-sahara-berceau-de-la-civilisation-amazighe/

[3]- https://amadalamazigh.press.ma/fr/pour-le-respect-de-lidentite-millenaire-amazighe-et-de-lintegrite-territoriale-des-pays-de-tamazgha-afrique-du-nord/

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