L’Assemblée Mondiale Amazighe interpelle l’ONU concernant la contribution des Touaregs à la lutte contre le terrorisme au Sahel

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Excellence Monsieur António GUTERRES, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies

Objet : De la contribution potentielle des communautés touarègues à la lutte contre le terrorisme djihadiste à l’Azawad et au Sahel

Excellence Monsieur Le Secrétaire Général,

Nous souhaitons, en premier lieu, vous exprimer notre profonde gratitude pour l’attention constante que vous portez à la situation qui prévaut en Afrique de l’Ouest, et plus particulièrement au Sahel. Votre importante allocution prononcée le 18 novembre devant le Conseil de sécurité, consacrée au thème «Renforcer la coopération régionale en matière de lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest et au Sahel » [1], témoigne d’un engagement sincère envers la sécurité et la stabilité de cette région cruciale.

À cette occasion, vous avez rappelé avec justesse la gravité de la situation :

« Les récents événements au Mali nous rappellent cruellement la gravité de la situation. Depuis septembre, le JNIM perturbe l’approvisionnement en carburant sur les principaux axes routiers menant à Bamako. (…) Cette situation engendre d’énormes difficultés pour la population… Des groupes armés établis étendent leur influence. Plusieurs États côtiers sont menacés. Nous risquons un effet domino catastrophique dans toute la région… De nombreux pays sont sous le choc. Le terrorisme au Sahel n’est pas seulement une réalité régionale dramatique. Les liens croissants de ses groupes en Afrique et au-delà en font une menace mondiale grandissante». Ces réalités, conjuguées au déplacement forcé de près de quatre millions de personnes, à la fermeture de quelque 15 000 écoles et de plus de 900 établissements de santé, illustrent l’ampleur de la crise en cours.

Cette évolution dramatique est, hélas, le résultat direct des politiques menées par les autorités militaires maliennes, dont les agissements ont favorisé un nettoyage ethnique visant les populations touarègues [2], maures et autres communautés de l’Azawad. Dépourvue de toute légitimité démocratique, la junte au pouvoir a contribué à affaiblir dangereusement l’État, au point de permettre aux djihadistes du JNIM de se rapprocher des portes de la capitale et de menacer la souveraineté même du Mali.

L’expulsion successive de l’opération française « Barkhane », de l’opération européenne « Task Force Takuba », la décision d’imposer la fin de la mission onusienne de la « MINUSMA », ainsi que la rupture unilatérale de l’Accord de paix et de réconciliation d’Alger signé le 14 mai 2015, ont profondément fragilisé le paysage sécuritaire.

L’armée malienne, qui privilégie systématiquement l’option militaire, s’appuie désormais sur les mercenaires russes du groupe Wagner et se rend responsable de graves violations des droits humains : exécutions sommaires, arrestations arbitraires, disparitions forcées, violences sexuelles, pillages et destructions, ainsi que l’exode massif de civils vers la Mauritanie ou les zones frontalières avec l’Algérie. Le seul Observatoire de Veille Citoyenne pour la Défense des Droits Humains du Peuple de l’Azawad a recensé, pour la seule année 2024, plus de mille exécutions ou tentatives d’exécution, plus de cinq cents enlèvements ou détentions arbitraires, ainsi que de multiples actes de torture et de pillage. Le 14 novembre dernier, deux frappes de drones dans la région de Tombouctou ont, encore, coûté la vie à treize civils, dont sept enfants.

Excellence Monsieur le Secrétaire général,

Permettez-moi de rappeler que notre organisation, l’Assemblée Mondiale Amazighe, ONG internationale de défense des droits des Amazighs dans le monde, a alerté depuis longtemps diverses institutions et personnalités de la gravité de la situation au Mali : – l’Union européenne, par l’intermédiaire de M. Josep Borrell ; – l’Union africaine, sous la présidence de M. Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani ; – les Présidents Emmanuel Macron, Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan et Cyril Ramaphosa ; – ainsi que les ministres des Affaires étrangères de plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Sahel, dont plus récemment ceux des royaumes du Maroc et d’Espagne.

Malgré nos avertissements répétés, aucun de ces interlocuteurs n’a répondu de manière substantielle. Aujourd’hui, l’inquiétude gagne du terrain alors que le Mali semble près de basculer entre les mains d’Al-Qaïda.

Dans votre allocution, vous appelez à un renforcement du dialogue et de la coopération entre les acteurs régionaux, ainsi qu’à une meilleure coordination des services de sécurité et de renseignement des États de la CEDEAO, de l’Alliance des États du Sahel, de la Mauritanie et de l’Algérie.

Or, il convient de souligner que l’Algérie – que certains envisagent comme acteur de stabilisation – est, selon de nombreux travaux et analyses, à l’origine d’une part importante de l’instabilité régionale. Les services du renseignement militaire algériens ont joué un rôle déterminant dans la formation et la structuration du groupe alors connu sous le nom d’AQMI (Al Qaïda au Maghreb islamique aujourd’hui JNIM), comme en attestent notamment les travaux de François Gèze et Salima Mellah [3]. Iyad Ag Ghali, actuel chef du JNIM, poursuivi par la Cour pénale internationale, demeure largement instrumentalisé par les autorités algériennes dans leur stratégie d’influence sur le Mali.

Excellence Monsieur le Secrétaire général,

La voie politique doit être privilégiée, en complément d’actions militaires ciblées et encadrées. L’ancien Président de la Commission européenne et Envoyé spécial de l’ONU pour le Sahel de 2012 à 2014, M. Romano Prodi, l’avait rappelé avec clairvoyance : « je fonde l’espoir d’un accord acceptable entre Bamako et les groupes armés Touaregs. Car je considère que, sans accord avec le Nord, il n’y aura jamais de paix au Mali » [4]». Le Mouvement National de Libération de l’Azawad, aujourd’hui intégré au sein de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA), du Cadre Stratégique Permanent (CSP) et désormais du Front de Libération de l’Azawad (FLA), constitue un acteur incontournable de toute solution durable.

En définitive, vous avez réaffirmé que l’ONU demeure résolument engagée à accompagner les États de la région, par l’action de votre Représentant spécial, M. Leonardo Santos Simão, ainsi que par le Pacte mondial de coordination contre le terrorisme. Dans cette optique, il apparaît indispensable que les autorités militaires maliennes et les représentants touaregs et maures du Front de Libération de l’Azawad soient réunis, de manière urgente, autour d’une table de négociations. L’instauration d’un système fédéral, fondé sur une large autonomie de l’Azawad – à l’image de la proposition marocaine de 2007 concernant le Sahara occidental, récemment confortée par la résolution 2797 du Conseil de sécurité [5]– pourrait permettre l’émergence d’un front commun entre le FLA et les FAMA pour faire face efficacement au JNIM. Le gouvernement de transition doit comprendre qu’il se trouve aujourd’hui devant une alternative décisive : l’octroi d’une autonomie réelle à l’Azawad, ou le risque majeur de voir Al-Qaïda s’emparer du pouvoir au Mali.

Veuillez agréer, Excellence Mass Antonio GUTTERES, l’expression de notre considération fort distinguée.

Rachid RAHA, Président de l’Assemblée Mondiale Amazighe.

Notes :

[1]- https://press.un.org/fr/2025/sgsm22914.doc.htm

[2]- https://amadalamazigh.press.ma/fr/lazawad-et-les-touareg-une-lutte-incessante-pour-la-reconnaissance-culturelle-et-politique/

[3]- https://shs.cairn.info/au-nom-du-onze-septembre–9782707153296-page-378?lang=fr&tab=premieres-lignes

[4]- www.jeuneafrique.com/134517/politique/romano-prodi-sans-accord-avec-le-nord-il-n-y-aura-jamais-de-paix-au-mali/

[5]- https://press.un.org/fr/2025/cs16208.doc.htm

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